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  • Cendrine Vanderhoeven

LE POUVOIR DES FEMMES LA OU ON NE L ATTEND PAS : LA CONTRACEPTION MASCULINE !

Dernière mise à jour : nov. 15

Dans ma pratique professionnelle comme sexologue, je réalise à quel point les femmes n’ont pas conscience de leur pouvoir d’action dans leur intimité. Elles se pensent souvent enfermées dans un inéluctable sans réaliser les ressources du changement qu’elles ont en Elle et autour d’Elle.


Conscientiser et passer à l’action sont les deux seules voies possibles pour sortir de ce que l’on croyait être un piège.


La contraception, voilà un parfait exemple de la charge féminine dont nous pourrions penser qu’elle est viscéralement attachée aux femmes. Et pourtant, des couples ont fait le choix d’ouvrir un possible masculin dans cette sphère devenue exclusivement féminine surtout depuis l’avènement de la pilule.


C'est comme si " Mon corps m'appartient" , slogan du droit à la contraception jusqu'à l'avortement, s'était retourné contre nous. Notre Droit de disposer de notre corps individuellement s'est transformé en devoir de contrôler la fertilité du couple !

D’ailleurs en Belgique, les moyens contraceptifs renvoient en toute grande majorité aux approches féminines.


Reliée au corps féminin par leurs actions hormonales ou mécaniques, par la pilule, l’anneau, le patch, les injections, les bâtonnets, le diaphragme ou le stérilet, la contraception du couple « établi » s’est égarée dans une exclusivité féminine liant automatiquement la sphère reproductive du couple à la responsabilité et l’engagement de la femme. Si le préservatif est souvent présent aux débuts des relations sexuelles, cette charge contraceptive du couple rejoint les rôles spécifiques attribués aux femmes, donc genrés.


A la femme d’anticiper la gestion contraceptive, avant un premier rapport sexuel pénétrant ou au moment de l’abandon du condom, à la femme de prendre son rendez-vous médical pour la prescription contraceptive, à la femme d’assurer la bonne utilisation de « sa » contraception et de ne pas oublier de l’acheter en pharmacie, qui plus est avec son propre portefeuille.


Pourtant, des voix s’élèvent pour une contraception partagée.

Est-ce possible?

Mais à qui appartiennent ces voix ?


A des hommes qui veulent se responsabiliser et prendre une part active dans leur choix, personnel ou de couple, de ne pas avoir d’enfant quand ils n’en ont pas, ou plus, envie.


Mais qui sont ces hommes? Sont-ils particuliers ? Différents ? Spéciaux ? Hors-normes ? Nos partenaires ne pourraient-ils pas aussi devenir ces chevaliers de l’égalité contraceptive?

Quel est donc le parcours de ces hommes en demande de bousculer les règles genrées en matière de contraception ?


J’ai eu la chance de les rencontrer et d’échanger avec eux sur leur démarche active pour se contracepter.


La consultation que j’ai pu suivre se concentrait uniquement sur une contraception masculine thermique.

De quoi s’agit-il ?


La contraception thermique est basée sur une augmentation de la température des testicules de 2°C afin de fortement diminuer le processus de spermatogénèse. Ceci induit un taux de spermatozoïdes insuffisant dans l’éjaculat pour assurer une fécondation, donc une grossesse.

Cette technique a été évaluée avec succès par une étude scientifique sur une durée de 4 ans (Mieusset, R. & Bujan, L. (1994). The potential of mild testicular heating as a safe, effective and reversible contraceptive method for men. Int J Androl., 17,186-91).


Cette montée thermique se réalise par une remontée testiculaire non chirurgicale, réalisé par l’homme lui-même via un matériel spécifique, permettant de continuer toute activité physique, sexuelle et sportive. Cette méthode est réversible et confortable après une petite période d'habituation. C'est comme les femmes avec leur soutien-gorge, on finit par l’oublier !


Qui sont ces hommes ?


Ceux que j'ai rencontrés ont entre 21 ans et 40 ans, étudiants que ce soit en sciences dures ou en sciences humaines. mais aussi des professionnels issus de métiers de l'art, de santé humaine ou en contact avec la nature.


Les hommes venus seuls pour la plupart étaient déjà bien informés sur cette méthode contraceptive via les réseaux sociaux qui permettent un accès facile et libre à la connaissance de la contraception masculine thermique. Il est important de comprendre que cet engouement n’est pas l’œuvre de choix politique ou scientifique mais bien d’hommes engagés qui diffusent leurs expériences de ce moyen de contrôle des naissances sur les réseaux sociaux, comme un mouvement « d’hommes à hommes ».


Où en sont-ils dans leur réflexion ?


Lors de leur venue à la consultation, ils avaient déjà tous été actifs dans leurs recherches, seuls ou en couple, et venaient avec la volonté du changement. Ils venaient « juste »pour être rassurés et avoir réponse à quelques questions précises telles que les risques éventuels d’échec avec cette contraception masculine, les risques éventuels sur leur santé, l’impact sur leur fertilité à venir, l‘organisation pratique quotidienne et le suivi médical proposé.


Quelle est alors la place des femmes là-dedans?


Si ce sont des hommes qui incarnent cette démarche du changement contraceptif MAIS ils n’en sont pas les déclencheurs.


Pour tous, ce sont leurs compagnes qui ont initié la discussion de la charge contraceptive et ses conséquences exclusives sur elle, en terme médical mais aussi en charge mentale, financière, sexuelle et en terme de responsabilité.

Chez tous ces couples, un débat libre, éclairé et respectueux des deux parties a donné naissance à une conscientisation chez les hommes que notre éducation, nos pensées et donc nos réalités portent une contraception genrée centrée sur la Femme.


Ces hommes disaient ;


« Pour moi, la contraception était une responsabilité féminine. C’est comme ça, c’était normal. »


« C’est S. qui a ouvert cette réflexion et c’est grâce à elle que j’ai eu accès à une certaine ouverture et l’accès à la contraception masculine. »


Les toutes premières voix à l’origine du changement de mentalité dans la gestion contraceptive du couple sont celles des femmes, de leurs femmes :


- Des femmes qui ont osé parler de leurs souffrances liées à des inconforts ou des échecs contraceptifs féminins comme des pertes de désir, des Interruptions de grossesse, des difficultés sexuelles.

- Des femmes qui ont osé dire « stop » à leur charge exclusive de la contraception du couple.

- Des femmes qui ont su expliquer à leurs partenaires qu’ils avaient eux aussi les moyens de prendre en charge leur contraception et celle du couple.

- Des femmes qui ont su ouvrir le dialogue avec leur partenaire sur une contraception participative des deux partenaires, d’autant que l’homme est fertile 365 jours par an et pendant un plus grand nombre d’années que les femmes.


Pourquoi ces hommes ont-ils accepté ce changement ?


Une réelle volonté de prendre leur responsabilité dans la non fertilité temporaire et choisie par eux et leur couple.

Une fierté de gérer leur propre contraception, avoir une place active dans ce processus et pas juste dépendant de l’action des femmes.

Une volonté de soulager leur partenaire des maux et effets secondaires de leur contraception ou de ses échecs.

Une envie de porter une contraception plus naturelle, comme ils la définissent, pour ôter la prise hormonale par leur femme.


Enfin ne pas laisser au Seul Corps de la Femme, donc à "une" la charge contraceptive du couple, donc du "deux".


A chacun son tour, dans une réflexion équitable, de « porter » physiquement et mentalement la charge contraceptive dans un couple.


Ces hommes sont-ils des martiens ?


Si rien ne laisse le supposer, ils avaient néanmoins un profil, un terreau comme j’aimerais le définir. Une ouverture d’esprit, voire une propension, à s’engager dans des causes écologiques ou sociales. Pas pour autant tous de chefs de file mais une envie de faire bouger les choses pour l’humanité, donc pour Soi et pour L'Autre, chacun à son échelle, de la place publique jusque dans leur chaumière. Mais au XXIème siècle en Occident, tous nos partenaires ne sont-ils pas devenus des hommes tournés vers une société d’égalité genrée et progressistes ?


Conclusion


D’un côté les représentations collectives véhiculent l'image d'hommes peu responsables dans le domaine de la contraception et une contraception qui se veut d'office féminine. Et de l’autre côté, aucune avancée récente et investie de la recherche scientifique pour nous permettre un changement réel de cette vision très genrée de la charge contraceptive du couple.


Pourtant, cette demande nouvelle d’hommes en recherche d’auto-contraception prouve que certains veulent prendre activement part dans la contraception de leur couple. Ces hommes s'inscrivent dans une logique de soutien et de partage des responsabilités du couple. Mais aussi une volonté d'agir sur leur propre fertilité sans dépendre de l'action des femmes.


Néanmoins, l’impulsion ne s’est réalisée que par le processus dynamique de leurs partenaires.


Sans échange, sans discussion, sans sensibilisation de leurs partenaires sur cette réflexion de contraception de couple, aucun homme présent à cette consultation n’aurait fait la démarche spontanée de se contracepter.


Donc en attendant un changement sociétal profond, Mesdames, et surtout pour l’amorcer, réalisez votre pouvoir-moteur d’amener la contraception masculine dans votre couple.


Osez aborder ce sujet, déjà si actif sur les réseaux sociaux, dans vos foyers !


Quel que soit la réaction de votre partenaire, soyez convaincue que l’ouverture du débat permet de créer une réflexivité sur Soi, sur le Couple et notre Société, tant chez les femmes que chez les hommes, passage obligé pour un changement dans notre vie intime.


Seule cette action féminine d'aujourd'hui mêlée à la démarche masculine de demain rend la contraception partagée possible dans votre couple après-demain...!


Prenez Soin de Vous,

Cendrine Vanderhoeven,

Sexologue, Formatrice et Conférencière.



Oeuvre de Bénédicte Philippe, Belgium

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