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  • Cendrine Vanderhoeven

Êtes-vous frigide?

8 réponses pour arrêter d’enfermer la sexualité des Femmes.


1. La « frigidité », qu’est-ce que c’est ?


Que ce soit sur le net ou dans les dictionnaires, la frigidité se définit, exclusivement au féminin, tantôt par des troubles du désir et/ou du plaisir tantôt par une inaccessibilité à l’orgasme. Certaines femmes se disent aussi frigides si leur sexualité ne répond pas à leurs attentes ou celles d leur(s) partenaire(s).

Dans le langage courant, si puissant dans nos croyances, ce mot est un véritable fourre-tout et tueur du Potentiel Féminin !

Dans le langage scientifique, ce mot n’existe pas vu son manque de précision et son côté stéréotypé, sexiste et péjoratif pour les femmes.

Comme il n'y a pas de définition sexologique de la frigidité, il n'y a pas non plus de symptômes typiques. Quel que soient les idées construites derrière la frigidité, il s’agit de toute façon d’un manque de bien-être dans sa sexualité, et donc une souffrance.

Seul un(e ) professionnel(le) de la santé sexuelle, un(e ) sexologue, est capable de dépasser cette appellation pour différencier, et dès lors diagnostiquer un éventuel problème de désir sexuel ou de plaisir sexuel ou d’insatisfaction sexuelle ou une difficulté à avoir des orgasmes.


2. Quelles sont les causes de la « frigidité » ?


Les causes peuvent être multiples.

Il faut donc défricher la souffrance qui se cache derrière le mot « frigidité » !


Est-ce qu'on parle de problème de désir ou de plaisir ou de satisfaction?

N’avez-vous pas envie de faire l’amour ? La sexualité ne vous intéresse-t-elle pas ou plus ?

Vous n’y pensez pas ou plus mais vous vous sentez « obligée » ?

A quel moment de vie cela arrive-t-il ?

Votre énergie est-elle prise dans d’autres priorités ?

Etes-vous préoccupée par des soucis lourds ?

Ou n’avez-vous pas ou plus de plaisir sexuel?

Ou de satisfaction après avoir fait l’amour ?

N’arrivez-vous pas ou n’êtes-vous jamais parvenue à atteindre l’orgasme ?


Toutes ces questions posent des problématiques fortement différentes.


On peut avoir des orgasmes, mais pas de désir. A l'inverse, on peut avoir du désir, mais pas d'orgasme. Le tout mêlé, ou pas, à de l’insatisfaction personnelle ou relationnelle dans sa sexualité. Ce qui induit des thérapeutiques variées et adaptées.


Chaque espace en jeu dans votre bien-être sexuel doit donc être interrogé spécifiquement :

- Les pensées, les croyances issues de notre éducation ou du web; des phrases entendues ici et là par notre entourage ; les mots de certains partenaires qui peuvent rapidement engloutir notre confiance en nous, comme femme, comme partenaire.

- La connaissance de soi et de ses chemins d’excitation. C’est comme une carte géographique, il y a des routes incontournables et communes à toutes les femmes ; et puis, il y a des chemins de traverse propres à chacune.

Pour atteindre leur plaisir sexuel, les femmes doivent apprendre comment fonctionne leur propre sexualité au travers de leurs 5 sens et ne pas croire que leur sexualité doit juste se mettre au diapason de la sexualité masculine. Trop de femmes pensent que leur sexe doit répondre à la sexualité de leur partenaire. Le sexe des femmes a un fonctionnement propre et n’est pas juste un sexe passif au service du sexe masculin.

Et trop d’hommes pensent savoir quoi faire pour donner beaucoup de plaisir aux femmes où seul le pénis guide, telle la baguette du chef d’orchestre.


Les deux partenaires doivent quitter la croyance que seul le pénis est donateur de plaisir sexuel à la femme.


- Quand il s’agit d’un problème d’orgasme, existe-t-il aussi à la masturbation ?

- Le lâcher-prise, a-t-il une place dans les relations intimes ou est-ce le contrôle qui prédomine ?

- Quelle est la relation au plaisir pour la femme dans les autres sphères de sa vie ?

- La femme souffre-t-elle depuis le début de sa vie sexuelle ? Un évènement pourrait-il être lié à son apparition ? Des variantes en fonction de partenaires différents ?

- Quelle est la qualité de la relation avec son partenaire ? Respect, confiance, limites font-ils partie des règles des jeux amoureux ?

- Et puis, la question des violences subies doit toujours être posée ; qu’elle soit familiale, conjugale, passée, présente, sexuelle ou pas.


Il est donc essentiel d’interroger la difficulté de la Femme pour en comprendre la place, le sens dans sa sexualité afin qu’elle puisse la dépasser.


3. La « frigidité » est-elle une maladie ?


Non, c’est une appellation et non un symptôme défini.


Par contre, le fait qu’une femme se sente ou se définisse « frigide » marque une souffrance derrière laquelle se cache bien souvent une difficulté, dont elle n’est pas responsable pour autant, mais en aucun cas une maladie.


Certaines maladies neurologiques, vasculaires, chroniques ou accident au niveau de la moelle épinière peuvent donner comme effets secondaires des troubles dans la sexualité, principalement au niveau de l’excitation. Mais elles ne sont que très rarement en cause dans l‘histoire des nombreuses personnes en souffrance par rapport à leur manque de plaisir sexuel. Par contre, le fait d’avoir subi des violences sexuelles a un impact sur la qualité de vie sexuelle d’après sans pour autant l’enfermer définitivement. Mais d’où l’importance d’en parler.


4. Quelles sont les complications possibles de la « frigidité » ?


- Personnelle avec une perte de confiance en soi dans sa sexualité. A savoir se sentir comme une femme incapable d’avoir une vie sexuelle normale, voire se ressentir comme « anormale ».

Ceci induit un aveuglement de tout son potentiel évolutif dans sa sexualité.

Alors que l’épanouissement sexuel est tout le contraire.

C’est un apprentissage de soi, de ses freins dans la tête et dans le corps mais aussi de tout son pouvoir corporel, de ses expressions sensuelles, de ses moteurs sexuels qui permettent de quitter ses souffrances.

Personne nait « expert » en sexe.

Chacun apprend à développer sa part active, à prendre sa place, à s’écouter, à développer certaines compétences, à oser pour atteindre son bien-être aussi dans sa sexualité.


- Relationnelles dans son couple. Ou les frustrations, les tristesses, les impasses, les non-dits peuvent créer de grosses tensions, de l’éloignement, voire la destruction du couple.


5. Comment réagir quand il me dit : "Tu es frigide" ?


La sexualité de couple se fait à deux !


Un problème sexuel est toujours une histoire de couple.


Quand on dit à une femme "Tu es frigide", cela se traduit-il par "Tu as un problème, c'est de ta faute".

Concernant le rôle de l’homme dans la sexualité, l’adage dit pourtant : « L’amant parfait n’existe pas, le meilleur amant est celui qui sait s’adapter à la Femme qu’il a en face de lui ! ».


La question n’est pas tant à qui est la faute mais que faire pour dépasser les souffrances.


Et puis, il est urgent de bannir d’une discussion de couple, même de tous les discours, ce mot « frigide », à la croisée du mot frigo (petite référence au frigo ..donc froide) et du mot rigide (donc coincée…) qui enferme automatiquement la Femme, sans lui donner d’espace pour sortir de cet état, et donc empêche toute chance de développer un épanouissement sexuel de couple.


La réponse à cette question est plutôt : « c’est un problème qui nous concerne tous les deux. Mettons donc chacun de l’énergie pour résoudre ce problème. Le but est de sortir de notre souffrance et de nos frustrations. A deux, nous y arriverons ! »


Et puis la question au départ de changement : Le partage d’une sexualité épanouie et de plaisir sexuel pour les deux partenaires sont-ils bien désirés par les deux partenaires ?


6. Comment aider le couple à se sortir de cette sexualité « frigide » ?


Sortir du silence est le tout premier pas pour redonner de la lumière à la sexualité.


Ce n’est pas facile car il faut oser aller chercher au fond de soi pour dépasser ses peurs, ses croyances, ses tabous. D’ailleurs, les études scientifiques révèlent que les femmes ont plus difficile à exprimer leur désir et envie sexuels.


Aller réveiller l’audacieuse qui est en Vous en osant dire, par exemple :

« Jaime tes caresses lentes, tes mots doux laissés sur la table, tes baisers langoureux au fur et à mesure que tu me déshabilles, … Je n‘aime pas quand ça va trop vite, quand la pénétration vient avant mon excitation, … J’ai besoin que tu t’occupes plus précisément de mon clitoris, que tu ne me mettes pas la pression de la jouissance simultanée,… »


Sans oublier de toujours garder à l’esprit une note d’amusement et du jeu dans ce partage sensuel tout autant qu’une image positive et dynamique à la découverte de son Couple !


Aucune fatalité dans tout cela !


7. Comment ne plus vivre une sexualité enfermée dans le manque ?


Les solutions sont en fonction des causes :


· Si vous avez moins de désir : arrêtez de croire que le désir doit venir tout seul.

Si le désir est spontané au début d'une relation, il s’affaiblit chez tout le monde au grès du temps et d’un quotidien partagé. Il se transforme en désir réactif c'est-à-dire qu'il va survenir en réaction à des stimulations. Rappelez-vous, même au début votre désir s’intensifiait après les têtes à têtes où chacun s’écoutait avec attention et étincelles dans les yeux, quand un rdv était surprise, quand des fleurs ou des compliments accompagnaient la rentrée de votre bien-aimé, quand des bisous et des caresses n’étaient pas synonymes de sexe d’emblée.


Aux deux partenaires à stimuler le désir en recréant des moments inventifs et créatifs sortant d’un quotidien de quelques minutes à un we.


· Si vous avez un manque de plaisir : apprenez à devenir active.

N’attendez pas que votre partenaire vous donne plus, le ou du plaisir, il faut aller le chercher, pouvoir dire à l'autre ce dont on a envie, au moment où on en a envie, comment on en a envie. C’est une invitation aux femmes de se voir autrement que celles qu’on voit dans les films, gémissantes à la moindre pénétration sans presque aucune excitation préalable.


Au plus vous apprendrez à vous connaitre, au plus vous prendrez du pouvoir sur vous, votre désir, votre plaisir, votre orgasme, et au moins vous serez victime d'une sexualité qui ne vous convient pas.


· Si vous avez un manque de satisfaction : s’interroger sur…

La qualité de sa vie amoureuse et relationnelle actuelle ;

Des évènements perturbateurs à votre bien-être général?

Des antécédents ou un présent de relations violentes?

Mais aussi, quel est votre relation au Plaisir dans votre vie, en général?


8. Peut-on prévenir une sexualité féminine déçue ? Si oui, comment ?


· Au travers de notre rôle de parent, pour commencer :

Par l’éducation sexuelle qui, contrairement aux croyances, ne favorise pas l’excitation ou l’envie de papillonner mais au contraire, développe les limites, le respect de soi et de l’autre par la connaissance de soi et de son intimité qui fait partie de toute vie humaine. Le silence, les tabous et le maintien des fausses-croyances sont les armes les plus puissantes pour continuer à enfermer les femmes dans une sexualité de souffrance.

Libérer la parole, donner des espaces d’échanges, de partages et de questionnements permet de libérer les esprits et les corps des Femmes, tout en respectant l’intimité personnelle de chacune.


· Au travers de notre rôle de mère :

Par une relation mère-fille complice d’une Féminité heureuse. Par une relation mère-fils porteuse d’une Féminité respectée.

Nos sociétés oppriment le sexe et la sexualité des filles malgré nos ersatz de libération sexuelle et féminine.

Chaque maman devrait se souvenir des mots, des phrases ou des gestes posées par sa mère, sa grand-mère ou sa tante qui l’empêchent aujourd’hui de se sentir à 100% libre dans son identité féminine intime. Et ce n’est pas facile de faire face à ses souvenirs à la croisée de l’amour maternel et de la castration. C’est pourtant le seul moyen de ne pas répéter ces mêmes erreurs à ses propres enfants. Malgré les souffrances intimes de beaucoup de femmes à travers de nombreuses générations, les mères répètent souvent les mêmes attitudes de manière inconsciente. Prenez par exemple, une petite fille qui touche son sexe sera très souvent rabrouée. Pourtant rien de sexuel là-dedans, c’est notre regard d’adulte qui pose un regard moral et réprobateur à ce geste. Laissons les petites files avoir le droit de découvrir leur sexe comme elles le font pour leurs oreilles ou leur bouche. Le seul cadre est de lui demander de ne pas le faire en public. Chaque femme qui a le courage de casser les codes transgénérationnels en adoptant une attitude bienveillante sur le Merveilleux féminin s’offre un énorme cadeau pour elle-même et ses filles.


En conclusion,

Le grand conseil général pour les femmes est de devenir plus active, participative dans leur sexualité. Votre corps n’est pas qu’une offrande passive à votre partenaire. Votre corps vous appartient. Et il vous appartient de prendre votre place dans la séduction, l‘éveil de vos sens, la dynamique de votre excitation. C’est une superbe aventure de découverte de Vous et d'allègement de vos souffrances dans votre tête, votre corps et votre cœur qui vous attendent et un incroyable tremplin de Libération Féminine pour toutes les générations en devenir!


Prenez Soin de Vous,

Cendrine Vanderhoeven,

Sexologue, Formatrice et Conférencière.

Oeuvre crée par Bénédicte Philippe, Belgium

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