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La pénétration vaginale, est-elle une incontournable?

  • Photo du rédacteur: Cendrine Vanderhoeven
    Cendrine Vanderhoeven
  • 1 août
  • 5 min de lecture

  • Introduction 


Sommes-nous programmé.e.s pour avoir des relations sexuelles où la pénétration vaginale est "naturellement" au script ?

Chez nos cousins mammifères non primates, les phéromones prennent le pouvoir avec des réponses réflexes qui “imposent” la pénétration aux animaux durant les périodes d’œstrus afin d'assurer la reproduction, donc la survie de l'espèce.  

 

Chez les humain·es, les phéromones n’impactent plus la dynamique sexuelle.  


Les relations sexuelles sont surtout portées par le système de récompense et de plaisir avec consentement. Notre cortex s'est tellement développé qu’il va pouvoir déployer tout un imaginaire créatif tant fantasmatique que réel durant les moments sexuels. Cela ouvre tout un champ du possible, variable d'une personne à l'autre, d’un couple à l’autre, selon les désirs et les envies de chacun·e.

L'évolution a ainsi permis l'apparition de l'activité sexuelle ludique chez les êtres humains, hors instinct reproductif. 

 

  • La sexualité non pénétrative et les normes 

 

Une sexualité sans pénétration vaginale, dans un monde hétéronormé dominant toutes les sociétés sur cette planète au-delà des variabilités culturelles et religieuses, est-elle acceptée? C'est peut-être là le plus gros problème. On a beau avoir un cortex fortement développé, on pratique dans notre sexualité ce qui se transmet de manière implicite et de manière explicite, depuis des générations.

Malgré la révolution sexuelle des années 1960, le patriarcat continue de dicter le contenu de notre vie sexuelle. La relation de pouvoir est tant sociale que sexuelle avec une prédominance des envies et besoins des hommes sur les dynamiques psycho et physio féminines.

Une femme doit être pénétrée, un homme doit pénétrer.  

 

Prenez le mot «préliminaires». Le préfixe “pré” indique bien que l’objectif dans la sexualité est la pénétration.  


Prenez le mot « virginité ». C'est quoi la « virginité » ? C'est concentrer la relation sexuelle et la “pureté d’une fille” uniquement au niveau du vagin. Pire encore, dans l’excision de type 3, à savoir l'infibulation, l'accès au vagin des femmes est fermé pour empêcher la pénétration d’un pénis avant le mariage. Il y a donc bien une centralisation de la sexualité autour du duo pénis-vagin. 

 

Nous voyons à quel point, de manière insidieuse et inconsciente, il y est demandé aux femmes d'anticiper le soin et les attentes de l'Autre, surtout dans une relation hétérosexuelle, avant ses propres besoins.

 

  • La pénétration et les Femmes 

 

En 2006, lors d’une grande enquête nationale réalisée en France (Enquête CSF, 2006), un tiers des hommes et un tiers des femmes avaient déjà pratiqué une sexualité sans pénétration, par choix et extrêmement satisfaisante.  

Plus de femmes que d'hommes estimaient qu'une sexualité sans pénétration est plus frustrante pour les hommes. Cette croyance féminine montre que les femmes ont plus intégré cette norme de la pénétration "incontournable" pour répondre aux "besoins" de leur partenaire.

Alors qu'à la question « Dans la sexualité, qu’est-ce qui vous donne le plus de plaisir ? », les femmes répondent : "les caresses mutuelles".  

 

En 2023, le répertoire des pratiques sexuelles hors rapports vaginaux continue à sensiblement se diversifier. (Enquête CSF-2023) 

 

 Cela signifie qu'une sexualité non centro-pénétro-vaginale existe déjà, mais qu’on ne la voit pas et on n'en entend pas assez parler ni dans le monde scientifique ni dans le monde social, notamment cinématographique.

Augmenter sa visibilité sera le seul moyen de contrer la prégnance de la sexualité pénétrative, socialement et culturellement. 

 

  • Des outils et des inspirations  

 

Il est toujours inspirant de se tourner vers les personnes dont la pénétration ne fait pas ou ne fait plus partie de leur univers sexuel. 


  • Les personnes avec atteinte médullaire, dont la moitié inférieure de leur corps à partir du nombril est coupée au niveau de leur sensibilité.

    Elles vont entrainer leur cerveau à donner du pouvoir excitatoire à un imaginaire  sexuel hors génital. En pratique, il s'agit de développer de nouvelles zones érogènes en stimulant des zones corporelles encore sensibles mais "neutres" érotiquement avec une intention sensuelle et sexuelle créant une multiplication de synapses au niveau des zones du plaisir dans le cerveau.

 

  • Les femmes souffrant de douleurs intenses à la pénétration pouvant aller jusqu'au vaginisme.

    Quand la pénétration est douloureuse, les femmes vont avoir tendance à éviter complètement la sexualité, ce qui éloignent les partenaires dans l’ensemble de leur relation. 

Il est important que les femmes se connectent aussi avec leur manque de partages

intimes et leur envies de retrouver les bras de leur bien-aimé. Ainsi elles réveillent leur

désir sexuel au travers de lectures érotiques, des podcasts érotiques pour redynamiser

des moteurs de sensualité avec légèreté et humour au sein d'une sexualité active mais

pas d'emblée pénétrative pour autant.  

 

Comme sources d’inspiration pour cette sexualité non pénétrative, les livres "Apprendre à faire l'amour" d'Alexandre Lacroix et "Au-delà de la pénétration" de Martin Page, dont les auteurs sont des hommes hétéro cisgenres blancs, sont intéressants pour les couples dont la pénétration vaginale est à distancier, par choix ou par souffrance. Les auteurs posent le décor sexonormatif mais vont le déconstruire car ils l'estiment être un piège pour les hommes eux-mêmes. Sortir de ce système soulage les hommes, pour eux, car il les débarrasse de la pression d'une identité masculine définie par « ton érection doit être parfaite, un vrai mâle a une vraie érection capable de pénétrer avec force, etc ».

Ils proposent aussi que cette sexualité non pénétrative soit plus visible

 

  • Les incontournables d’un érotisme porteur d’une sexualité non pénétrative 


  • Le toucher, les caresses invitent les deux partenaires à donner avec une intention de plaisir sensuel pour soi et pour l'Autre. Il s'agit aussi d'apprendre à recevoir et écouter une sensibilité avec chacune des cellules de tout notre corps. Plus on développe ce toucher sur l'ensemble du corps, plus chacun.e va développer la compétence de sensibiliser sexuellement l'ensemble de son envelopper charnelle. Donner plus de place à l'ensemble de son Corps est une clef incontournable aux voyages, découvertes, diversités, créativité, inventivité, réciprocité dans son intimité.


  • Le temps souvent comprimé pour la rencontre sexuelle, surtout quand le couple s'enferme dans les habitudes et le quotidien, transforme ce terrain de jeux en peau de chagrin, mode "quickly". Une pénétration vaginale peut être très vite faite et finie. Par contre, prendre le temps de jouer avec nos corps, de les découvrir autrement, de s'en amuser, de s'effleurer avec les doigts ou une plume, de s'effeuiller pour son plaisir et celui de l'autre nourrissent notre capacité à imaginer et vivre notre sexualité autrement qu'avec la pénétration. 

 

Les 5 sens, souvent oubliés ou anesthésiés. Certains sont puissants chez les un.es ou les autres, peu importe partons à leurs stimulations !


Si le toucher a déjà été largement abordé, n'oublions pas

  • La vue : celle d'une silhouette, mais aussi d’une partie de corps.

  • Le goût : utilisons davantage nos milliers de papilles gustatives concentrées sur notre langue.

  • L'ouïe : cela peut être la voix, des mots, des podcasts sensuels, de la musique.

  • L'odorat : l'odeur naturelle, mais aussi l'odeur des fragrances, tous deux capables d'exacerber le pouvoir attractif de l'un sur l'autre.


Nos cinq sens valorisent indéniablement notre monde fantasmatique. 

 

  • Conclusion  

 

La pénétration vaginale est clairement un diktat culturel. La sexualité non pénétrative existe déjà en mode choisie, et pas forcément par défaut.

Les femmes doivent se libérer elles-mêmes de cette pression pénétrative et oser inviter leurs partenaires aux milles délices corporelles des corps en dehors du vagin !

Vos partenaires bienveillants et curieux sont prêts à découvrir des chemins de traverse riches en nouveautés et créativité !


Très belle découverte de Vous,

 

Cendrine Vanderhoeven

Sexologue clinicienne, formatrice, conférencière,

Membre SSUB (Belgique) et AIUS (France) .



Oeuvre de Bénédicte Philippe, Belgium
Oeuvre de Bénédicte Philippe, Belgium

 

 
 
 
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